Évangéline : une fresque musicale ambitieuse, mais encore inachevée
Présentée de février à septembre 2026 à Montréal, Québec, Trois-Rivières et Moncton, la comédie musicale Évangéline s’attaque à ce que plusieurs considèrent comme la plus grande histoire d’amour d’Amérique du Nord. Inspiré du poème de Henry W. Longfellow, le spectacle retrace le destin tragique d’Évangéline et de Gabriel, séparés lors de la Déportation des Acadiens de 1755. Malgré une production d’envergure et des intentions louables, Évangéline laisse toutefois une impression mitigée.
Une histoire connue, racontée à grande vitesse
L’histoire d’Évangéline, on la connaît. Du moins dans ses grandes lignes, notamment grâce à la chanson populaire et bouleversante popularisée par Annie Blanchard. Curieusement, cette pièce emblématique n’est chantée qu’après le spectacle, comme un écho tardif à l’émotion attendue. Sur scène, le récit est présenté en accéléré, au point où certains moments clés perdent de leur portée dramatique.
Une attention disproportionnée est accordée à la vie à Philadelphie, au détriment du cœur même du récit. Les personnages de Baptiste et du père Félix occupent un espace narratif important, sans toutefois apporter une réelle valeur émotionnelle ou symbolique à l’ensemble. Le résultat : une histoire compréhensible, mais parfois déséquilibrée.
Une équipe qui cherche encore sa cohésion
Sur scène, les artistes semblent ne pas avoir encore trouvé leur pleine cohésion. Le jeu est parfois exagéré, voire grossier à certains moments, et le courant ne passe pas toujours entre les interprètes. Cette absence de chimie nuit à l’impact émotionnel d’Évangéline, pourtant fondé sur une quête amoureuse poignante et universelle.
Maude Cyr-Deschênes, dans le rôle-titre d’Évangéline Bellefontaine, livre une performance honnête, tandis qu’Olivier Dion incarne Gabriel. Toutefois, leur relation peine à susciter l’émotion attendue, notamment en raison d’une mise en scène qui privilégie le mouvement et l’énergie au détriment de la subtilité.
Une collaboration autochtone marquante
L’un des points forts du spectacle demeure sans contredit son ancrage en terre autochtone, en Nouvelle-Écosse. La collaboration entre artistes francophones et Premières Nations apporte une dimension profondément appréciable à Évangéline. Le personnage de Hanoah, interprété de manière remarquable par Océane Kitua Bohémier Tootoo, se distingue par sa justesse et sa présence scénique. Cette performance apporte une humanité et une profondeur qui manquent parfois ailleurs dans le spectacle.
Nathalie Simard vole la vedette
Nathalie Simard se démarque de façon impressionnante dans le rôle ressenti de sœur Marguerite. Avec la chanson Au nom de toutes les femmes, elle offre l’un des rares moments de véritable émotion de la soirée. Le public ne s’y trompe pas : l’artiste reçoit une ovation, et ce, même si sa présence se limite essentiellement à la deuxième partie du spectacle.
Une musique entraînante, mais inégale
Si la musique est généralement entraînante, les chansons ne figurent pas parmi les plus mémorables du genre. Le bruit ambiant est souvent trop fort, rendant difficile la compréhension des paroles, un élément pourtant crucial dans une œuvre comme Évangéline. Certains tableaux visuels réussissent néanmoins à marquer l’imaginaire, notamment la scène en Louisiane avec ses lampadaires, visuellement forte et poétique.
Un spectacle d’ici à retravailler
Avec plus de trois heures de représentation, Évangéline est un spectacle ambitieux qui laisse toutefois le spectateur un peu sur sa faim. Cette production d’ici, de grande envergure, gagnerait à être resserrée et approfondie sur le plan émotionnel. Les intentions sont là, le potentiel aussi, mais Évangéline devra encore être retravaillée pour atteindre toute la puissance dramatique que son histoire promet.
Pour connaître toutes les dates de tournée : evangelinemusical.ca.
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